Sortie à Lucerne – 25 mai 2016

Sortie annuelle 2016

Les vingt-quatre membres de notre association qui ont fait le déplacement à Lucerne n’ont pas boudé leur plaisir en cette journée particulièrement ensoleillée ; escapade organisée avec le précieux concours d’Isabelle et Michel Haemmerli. Une guide fort sympathique nous a tout d’abord emmenés pour une petite balade dans la vieille ville, nous faisant partager en chemin quelques points forts de sa ville.
Il ne fallait pas manquer une visite au Lion de Lucerne, puis à l’impressionnant panorama Bourbaki, avec quelques explications sur l’histoire de ces lieux.
Passage par le célèbre Pont en bois, pour arriver au Restaurant des Alpes qui nous a servi un repas bien apprécié. L’après-midi, croisière commentée sur le Lac des Quatre Cantons, un temps de repos bienvenu après le tour en ville.
Pour terminer, nous nous sommes rendus à la Haute école pédagogique, où nous avons été chaleureusement accueillis par les responsables de cet établissement, chargé de former les enseignants en français pour la Suisse alémanique. L’animateur de l’association Franco Luzern nous a parlé, avec enthousiasme, des nombreuses activités qu’il organise pour encourager l’apprentissage du français.

Gisèle Bottarelli

Les photos

Lucerne 5 Lucerne 4 Lucerne 2 Lucerne 1

 

Sortie à Aarau – 4 septembre 2013

Sortie à Berne – 11 septembre 2012

Sortie à Soleure – 29 août 2011

NE TIREZ PLUS, MESSIEURS LES FRANGLAIS!

Les langues se sont toujours nourries d’emprunts. Mais la vogue actuelle des anglicismes atteint un niveau exceptionnel.  La loi n’interdit pas aux annonceurs de recourir aux langues étrangères. Ils ne s’en privent pas.

Je ne sais trop comment confesser ma faute, mais voici ce qu’il m’arrive : malgré de réels efforts, je ne parviens pas à comprendre pourquoi je devrais préférer “benchmarking” à “comparaison”, “live” à “direct”, “addict” à “accro”. Et, chaque semaine ou presque – ne le répétez pas à Christophe Barbier -, je me désole de voir L’Express, mon cher Express, gloser négligemment sur la “safety culture” et les “fundraisers”, sans oublier ces “flagships” où, avec un peu de chance, je pourrais croiser quelque “tomboy” (1). Et ce, parfois, sans consentir la moindre traduction dans l’idiome indigène.

Oh, je sais bien ce qui m’attend. Les plus paresseux vont me traiter de franchouillard, d’aigri, de pétainiste. Les plus érudits, me rappeler que les langues ont toujours fonctionné avec des emprunts. Que, depuis Guillaume le Conquérant, un tiers du vocabulaire anglais lui-même est issu du français (du normand, plus précisément). Et que seuls certains milieux versent de manière réellement névrotique dans ce travers : la pub, la communication, la mode, le sport, les affaires (oups ! le business, devrais-je dire).

J’entends bien. Seulement, voilà : s’en tenir là revient à négliger un “détail” qui n’en est pas un : notre actuelle anglomanie lexicale a quatre caractéristiques inédites.

1) Une ampleur écrasante. Selon Alain Rey, patron du Petit Robert, l’anglais a fourni en 2014 une entrée sur deux de son dictionnaire – français, rappelons-le !

2) Un caractère exclusif. Le français recourt désormais uniquement ou presque à l’anglais.

3) Une domination à sens unique. Depuis une cinquantaine d’années, le français n’exporte presque plus vers les pays anglophones (Guillaume, reviens !).

4) Une francisation de plus en plus rare. Longtemps, les anglicismes ont été transformés : “ridingcoat” a donné “redingote”, “bulldog”, “bouledogue”, etc. Aujourd’hui, “snowboard” devient… “snowboard”.

Jamais, dans l’Histoire, un tel phénomène n’avait été observé. Il est vrai que jamais la France n’avait subi une telle influence des cultures anglophones – reflet de la domination technologique et économique des Etats-Unis. Sur les 100 émissions ayant réalisé le plus d’audience à la télé en 2013, plus de la moitié étaient titrées en anglais (Mentalist, The Voice, Unforgettable…). Quant à la part des films français, qui dépassait 50% jusqu’au milieu des années 1980, elle est descendue sous la barre des 40% pendant la dernière décennie.

 

Un moyen reconnu d’éviter les fautes de français

Soyons clairs. Je ne propose pas de rétablir la peine de mort pour ceux qui emploient “bulldozer”, “volley” ou “cutter”, qui n’ont pas d’équivalent en français. Le problème, c’est l’excès et le snobisme, car quand un peuple commence à délaisser sa propre langue, on atteint “une forme de dénigrement et de haine de soi”, selon l’expression de François Bayrou, président du MoDem. Alain Schifres, dans un ouvrage hilarant (2), s’étonne ainsi de voir des journalistes – qui cherchent généralement à être compris – multiplier les anglicismes et, surtout, les américanismes. Et conclut avec humour : “Ecrire en anglais est certes un moyen reconnu d’éviter les fautes de français. Le problème est que les lecteurs ont souvent fait français première langue.”

De plus en plus de films anglais ou américains sortent en France avec leur titre d’origine. Tout cela, au fond, ne serait pas trop grave si notre façon de parler ne déterminait aussi notre façon de penser. “Certains croient que l’on peut promouvoir une pensée française en anglais : ils ont tort, souligne le célèbre linguiste Claude Hagège. Imposer sa langue, c’est aussi imposer sa manière de penser. Comme l’explique le grand mathématicien Laurent Lafforgue, ce n’est pas parce que l’école de mathématiques française est influente qu’elle peut encore publier en français ; c’est parce qu’elle publie en français qu’elle est puissante, car cela la conduit à emprunter des chemins de réflexion différents.”

Le plus triste, peut-être, est que nos “élites” hexagonales, théoriquement nourries de Racine et de Balzac, sont souvent les premières à passer dans le camp adverse. Hagège, encore : “En adoptant la langue de l’ennemi, elles espèrent en tirer parti sur le plan matériel, ou s’assimiler à lui pour bénéficier symboliquement de son prestige. Ceux qui s’adonnent à ces petits jeux se donnent l’illusion d’être modernes, alors qu’ils ne sont qu’américanisés.”

Dans un ouvrage très sensible (La Mort du français, éd. Plon), l’écrivain Claude Duneton établissait un parallèle entre l’étiolement de la langue d’oc, qu’il avait pu observer au cours de sa vie dans son Limousin natal, et la situation de notre idiome national. Et s’alarmait : “Nous ne devons pas faire avec le français ce qu’ont fait hier les Occitans : attendre que la langue soit moribonde pour commencer à réagir.”

 

La loi Toubon, fragile barrière

1992. Le grand marché européen est en gestation.Celui-ci, les parlementaires en sont convaincus, fait planer un risque supplémentaire d’anglicisation. La France ajoute donc à l’article 2 de sa Constitution un alinéa très symbolique : “La langue de la République est le français.” En clair : tout citoyen doit pouvoir s’exprimer et obtenir une réponse en français.

1994. La loi Toubon traduit ce nouveau droit dans différents domaines : contrat de travail pour les salariés ; modes d’emploi pour les consommateurs ; correspondances de l’administration pour les usagers…

2014. Vingt ans après, l’heure est au bilan, et celui-ci est… médiocre. Certes, des entreprises ont été condamnées, telle Europ Assistance, qui prétendait imposer à ses salariés des logiciels en anglais sans traduction. Mais, pour l’essentiel, la loi Toubon n’a pas permis de faire refluer les anglicismes. Il est vrai qu’elle ne s’applique pas partout : les noms de marque, en particulier, ne sont pas concernés (d’où Carrefour Market), pas plus que l’audiovisuel, à la suite d’une décision aberrante du Conseil constitutionnel invoquant la “liberté d’expression”.

La pub, elle aussi, a su, évidemment, s’engouffrer dans les failles d’une loi qui n’interdit pas aux annonceurs de recourir aux langues étrangères (l’anglo-américain, dans 99 % des cas). Il leur suffit de traduire le slogan en français, même en tout petit ! Ce dont ils ne se privent pas…

 

Un “renégat” nommé Carrefour

Les noms de marque ne sont pas concernés par la loi.

Carrefour est une grande entreprise française. Son siège social se situe en France.Son nom est français. Son président est français. Et pourtant le groupe promeut les anglicismes, y compris… en France, où, ces dernières années, les Carrefour market et les Carrefour city ont envahi nos centres-villes.

Cette politique anglomaniaque a été lancée voilà quelques années. L’époque était alors à la “convergence des marques” au niveau mondial. Or qui dit homogénéisation sur l’ensemble de la planète dit forcément recours à l’anglais. Jusque-là, on suit. Le seul souci est que, dans ce vaste mouvement “moderne”, la France a été traitée comme une sorte de 51e Etat américain ou de micro-Etat du Pacifique Sud.

Soyons honnêtes. Depuis, chez Carrefour, le vent a (un peu) tourné. Georges Plassat, le nouveau PDG, a ainsi “rétabli le français comme langue de travail dans toutes les réunions internes”, souligne le distributeur. Mais il n’est pas allé jusqu’à franciser le nom de ses magasins de l’Hexagone, de crainte, dit-on, de “perturber les consommateurs”. Il est vrai que les Français, petites choses fragiles, risqueraient d’être choqués de recevoir des messages en français…

 

(1) Respectivement : culture de la sécurité, collecteurs de fonds, magasin phare et garçon manqué..

(2) My Taylor Is Rich But My français Is Poor, par Alain Schifres. Editions First, 144p.,
Par Michel Feltin-Palas, publié le 16/08/2014

http://www.lexpress.fr/culture/ne-tirez-plus-messieurs-les-franglais_1566005.html

 

Dans sa «Lettre sur les Spectacles» de 1758 adressée à d’Alembert, Rousseau vaticine: «faute de pouvoir se rendre hommes, les femmes nous rendent femmes». Constat et sombre prophétie aujourd’hui réalisée.

Cassandre a toujours raison.
Quelques générations de féministes furieuses ont réussi à châtrer la plupart d’entre nous. L’homme blanc est, désormais, psychiquement hongre ou chapon. Grâces soient ici rendues aux musulmans, dernier bastion de la virilité. Rousseauistes – j’évoque ici le chapitre V de l’«Emile» – ils savent encore assigner Sophie, recte: Aïcha, à la modestie, l’effacement et le dévouement dont certaines de nos jacasses indigènes, nos modernes compagnes, se sont désormais déprises. Elles font offense à la Nature.

Fin du singulier masculin donc.
Et voilà que les Erinyes s’en prennent au masculin pluriel. Au vocabulaire et à la syntaxe. Il-elle – devront être émasculé-e-s.
S’en prendre aux mots, c’est s’en prendre aux Lettres. C’est attenter à la langue. Elle n’est pas qu’un moyen d’expression, mais une représentation du monde. Elle a, avec la culture, un lien organique.
La langue est une espèce vivante… Elle naît, évolue. Ni les maladies de jeunesse, ni l’usure, ni l’oubli – la désuétude – ne l’épargnent. La langue est fragile et exposée. Il faut en avoir un soin écologique. Les linguistes savent ce qui la menace: les crimes de l’amour, les crimes de la liberté…

Les premiers conduisent au purisme, à une langue sacralisée, figée dans sa perfection. Avoir le XVIIe   siècle français pour seule et ultime référence est un crime de l’amour. Les seconds accueillent complaisants, voire serviles, tous les apports étrangers, créent des néologismes inutiles, consentent à l’effacement de la frontière entre l’écrit et l’oral. Ce sont les crimes de la liberté.
Quelques bien-pensants ajoutent à ces crimes coutumiers: au langage ils entendent mêler la morale. Pire, l’égalité.

Telle Mademoiselle Sandrine Salerno. Le vaste champ de nos défaites (d’où mon titre hugolien). Notre conseiller administratif est un pur produit de la démocratisation des études et de la porosité des classes sociales. Inculte pour avoir répudié tout héritage, elle est exemplaire de notre modernité. Nécessairement féministe si l’on me concède que le féminisme est d’abord la revendication et l’arrogance des déshéritées. Une femme de gauche en un mot…

Voilà qu’elle ose déclarer «qu’une langue n’a pas à être belle, mais doit être juste». Fossoyeuse du goût.
Ainsi surgit tout un vocabulaire euphémistique, non discriminant, respectueux de l’autre et de sa différence. Ni les nains, ni les aveugles, ni les sourds ne sont, désormais, appelés par leur nom. Ni les imbéciles dont on assure qu’ils ont l’intelligence du cœur.

Seule la culture, qui est tradition et usage, fonde la langue. Nos nouvelles Précieuses ridicules la créent par décret. Il s’impose, prescrivent-elles, de désexualiser le vocabulaire… en le féminisant. Roland Barthes, lors de sa leçon inaugurale au Collège de France, disait de la langue qu’elle est fasciste. Elle sera, désormais, féminine de surcroît.

L’Académie, qui règle depuis plus de trois cents ans «le plus bel usage de la Cour et de la Ville», est récusée parce que sexiste. Des cervelles idéologiquement embrumées ont excrété un «dictionnaire épicène». Feuilletant ce lexique, vous aurez retenu quelques perles de la novlangue salernienne. Bref spicilège: une «assesseuse», une «commise administrative», une «mairesse», une «prédécesseuse» et la délicieuse «sapeuse pompière». Le grotesque l’y dispute à l’incongru; la laideur au ridicule.

Aux fagots le Thesaurus de Jean Nicot, les dictionnaires de Furetière ou de Trévoux. Le Littré et le Dictionnaire de l’Académie encore. Et le Bescherelle. Un autodafé.
Sandrine Salerno, Thérèse Moreau (écrivaine obscure à qui l’obscurité seyait) et autres cuistres – voulez-vous cuistresses? – farandolent et s’esbatrent autour du feu. Lugubre et funeste Sabbat.

Marc Bonnant

(Opinions
Le Matin Dimanche; 1er juillet 2012-Marc Bonnant)

24 Heures, 3 juillet 2012 – Interview: Sandrine Perroud


Le premier forum mondial de la francophonie a ouvert lundi à Québec. Cette rencontre se présente comme beaucoup plus vindicative que les Forums de la francophonie traditionnels, avec en ligne de mire la défense acharnée du français face à l’invasion de l’anglais dans notre langage quotidien.


L’occasion de faire le point sur la santé du français en Suisse et sur la place occupée par l’anglais. Décryptage et pistes de réflexions avec le linguiste Alexei Prikhodkine, Maître d’enseignement et de recherche à l’Université de Lausanne et spécialiste du suisse romand.


Comment se porte le français en Suisse?

Alexei Prikhodkine: En Suisse romande, le français est la langue officielle de nombreux cantons et est défendu comme telle. Ses habitants peuvent s’adresser à l’administration en français, de même que le français régit la plupart des interactions professionnelles et privées. Le français va donc plutôt bien. La place du français est en revanche remise en question en Suisse alémanique, où, dans certains cantons, l’anglais est en passe de devenir la première langue étrangère enseignée à l’école. Et vu que le suisse allemand n’est pas enseigné dans les écoles romandes, l’un des scénarios possibles est que l’anglais devienne la première langue d’échange entre les régions linguistiques suisses.


L’anglais est-elle toutefois la langue qui influence actuellement le plus le français en Suisse romande?

Tout dépend du domaine dans lequel vous travaillez. Je vois que vous êtes désignée dans votre email comme «web journaliste », par exemple, ce qui démontre un certain attrait pour l’anglais dans votre milieu professionnel. L’anglais est l’une des sources d’influence du français en Suisse romande, mais pas plus que d’autres langues de l’immigration, à l’exemple de l’albanais. Pour s’en rendre compte, il suffit d’écouter le «parler jeune» des adolescents. L’anglais jouit par contre de plus de visibilité et de prestige dans la mesure où ce sont souvent des acteurs sociaux hauts placés qui l’emploient.


Et sur les 10-20 dernières années, quelles tendances observe-t-on?

Une plus grande tolérance envers les variations régionales (septante, nonante, bancomat, linge, ramassoire, etc.) et sociales s’est développée, sous l’influence anti-autoritariste de mai 68, mais aussi de l’immigration, qui apporte aujourd’hui plus de diversité en termes de langues, de cultures et de religions qu’auparavant. Cette tolérance est aussi, paradoxalement, une conséquence de la disparition des patois en Suisse romande, qui a nécessité la création d’autres mots qui permettent d’exprimer une forme d’appartenance à une région ou à un milieu social, tout comme les dialectes auparavant.


La langue française traditionnelle n’existe donc plus en Suisse?

Il s’agit plutôt d’une «déstandardisation» de la langue, une tolérance accrue envers la variation et, par exemple, la créativité lexicale. On observe ce phénomène dans de nombreux autres idiomes d’Europe. Mais, il ne faut pas se méprendre, il existe toujours un certain idéal de la langue française, c’est-à-dire une croyance populaire qu’il y a des formes linguistiques plus correctes, plus belles, plus naturelles que d’autres. Et, par conséquent, une reconnaissance des niveaux de prestige de chaque variété linguistique: des emprunts à l’anglais feront «cool» ou «moderne», contrairement aux emprunts à l’arabe ou à l’albanais. Donc, on tolère plus de choses, sur le plan linguistique, mais cette tolérance a des limites autant sociales (un accent vaudois marqué passera moins bien dans certaines sphères) qu’ethniques (un accent turc, par exemple).


En tant que linguiste, comment réagissez-vous face à ceux qui pleurent la cannibalisation de la langue française par d’autres langues, et notamment par l’anglais?

Nous vivons dans une société multiculturelle et le français est beaucoup moins imperméable qu’auparavant. Ces discours relèvent donc pour moi d’une idéologie qui veut légitimer un certain ordre social. On ne sépare pas une langue de celui qui la parle: ainsi, en Suisse on qualifiera d’«expat» un anglophone, mais de «migrant» un albanophone. (Newsnet)


Le contenu de ces extraits de presse ne reflète pas a priori l’avis de la rédaction.


24 Heures  Vendredi 22 juin 2012


Dictionnaire

LES NOUVEAUX MOTS SONT «INDIGNES» OU «PSYCHOTER»


Le Petit Robert annonce des nouveaux vocables. Et il y a des spécificités suisses.


«Comater» (être dans un état de somnolence), «pipeauter» (baratiner) ou «psychoter» (avoir peur) ou encore une «marrade» (rigolade), «subclaquant» (qui est à l’agonie) et «gloups» (interjection d’étonnement), «à l’arrache» (à la hâte)… Autant de mots qui font désormais officiellement partie du lexique français puisque Le Petit Robert, l’un des dictionnaires de référence, a décidé de les intégrer dans son édition 2013.


Au total, ce sont 300 nouveaux mots ou expressions qui sont ainsi reconnues. Beaucoup viennent de l’actualité. Comme le thème de l’énergie avec «parc éolien», «marée verte» ou «gaz de schiste». De la crise économique: les «Indignés», «agence de notation» ou «dette souveraine». Ou encore «anosognosie», le trouble neurologique de Jacques Chirac.


La technologie apporte aussi son lot de nouveaux mots: «cyberdépendance», «billet» d’un blog ou encore «nuage informatique». La culture n’est pas en reste avec «biopic» (film biographique), «dystopie» (contre-utopie), «œuvre orpheline» ou «oscariser». Le succès de Jean Dujardin à Hollywood ne serait pas étranger à ce dernier mot. L’acteur français fait d’ailleurs également son entrée dans Le Robert des noms propres, aux côtés de Jodie Foster et d’Amy Winehouse .


Et la Suisse? Quatre mots et quatre personnages ont été introduits. «Dicastère», «district», «préfet» et «souverain». Ainsi qu’Urs Fischer (artiste zurichois), Herzog et de Meuron (architectes bâlois), Dieter Roth (artiste) et Luc Bondy (metteur en scène, acteur et réalisateur).


«Avant, explique Marinette Matthey, sociolinguiste chaux-de-fonnière et professeure à Grenoble, un mot devait durer 20-30 ans avant qu’il ne figure dans un dictionnaire. Aujourd’hui, on sent bien qu’il s’agit d’une démarche marketing et que certains mots ne resteront pas longtemps.» Mais pas de quoi s’inquiéter sur l’évolution de la langue: «Le vocabulaire s’enchirit, mais le corps de la langue est le même. Le jour où on se mettra à dire «ville bibliothèque», comme en anglais, à la place de «bibliothèque de la ville», là, il faudra s’inquiéter.»

Fabian Muhieddine


Marc Bonnant, avocat:  «Il faut toujours distinguer entre les dictionnaires qui prescrivent et proscrivent, comme le fait l’Académie, et ceux qui entérinent les expressions. Je préfère évidemment ceux qui exigent que ceux qui ratifient. Car dans la liste des nouveaux mots, beaucoup sont inutiles. Pourquoi utiliser «belgitude»  alors qu’il est plus beau de dire l’essence ou le génie du peuple belge. «Subclaquant»,  un mélange entre le populaire et le noble, une étymologie latine «sub» et l’argot «claquer»  pourrait m’amuser, mais je préfère le mot agoniser. Quant à «oscariser»,  le mot n’est pas joli. C’est un transitif absurde!»


Hélène Bruller, dessinatrice:  «Tiens, ils ont repris «gloups» . Ça vient de la BD, ça! C’est vexant que la culture française, qui nous a toujours pris pour des incultes, pique désormais nos mots. C’est culotté, mais c’est peut-être le prix de la reconnaissance. Moi, en tout cas, je n’aime pas avoir les mêmes tics de langage que les autres. Quand je vois que trop de gens utilisent le même mot, j’en change. Et je trouve donc dommage que des mots comme «comater» se retrouvent dans le dictionnaire. Je dois quand même confesser que je me suis mise au nouveau sens de «trop», comme dans trop bien ou trop cool. Mais celui-là n’est pas encore dans le dico.»


Christian Constantin, président du FC Sion:  «C’est drôle que vous me parliez de nouveaux mots. Je suis en train de lire le décret impérial du 28 décembre 1810 de Napoléon sur l’organisation du Valais. Et je comprends tout! Je ne suis pas sûr que, dans deux cents ans, ce sera encore le cas tant l’évolution de la langue française est désormais rapide. Dans la liste des nouveaux mots, «gloups»  me paraît inutile. «Psychoter»,  je préfère dire broyer du noir. Le seul véritable nouveau mot, c’est peut-être «Indignés», car c’est un véritable cri du peuple. J’espère simplement que le mouvement ne tombera pas dans l’indignation facile, où tout est dû.»

Le contenu de ces extraits de presse ne reflète pas a priori l’avis de la rédaction.


LA DESEXUALISATION SELON SANDRINE SALERNO

Le Matin 14. 06.2012 – Renaud Michiels.


(Ce texte est suivi d’une réponse de Maître Marc Bonnant sous le titre :
SALERNO! SALERNO! SALERNO! MORNE PLAINE!


La magistrate genevoise est critiquée pour avoir proposé aux fonctionnaires des cours d’écriture non sexiste. Mais de quoi s’agit-il exactement?

Dès aujourd’hui, la socialiste Sandrine Salerno propose un atelier pour écrire de manière «désexualisée».

Inutile. Lamentable. Ridicule. Risible. La conseillère administrative de la Ville de Genève Sandrine Salerno a été vivement critiquée pour avoir proposé aux fonctionnaires des ateliers pour apprendre à «désexualiser» un texte. Ces cours de langage dit «épicène» doivent permettre d’apprendre à écrire en respectant l’égalité des sexes. Ces formations, révélées par 20 minutes, débutent aujourd’hui.

Mais de quoi parle-t-on exactement? Consultante, autrice du «Dictionnaire féminin-masculin des professions», Thérèse Moreau est chargée de donner les cours voulus par la socialiste. Elle nous a donné quelques règles et exemples d’écriture respectueuse de l’égalité des sexes. Chacun jugera en connaissance de cause. Chacune aussi.


Règle No 1: féminiser (et masculiniser)

Oubliez: «le chef de service». Passez à: «le chef de service ou la cheffe de service». Il s’agit de féminiser les fonctions, titres, professions: la chancelière, la mécanicienne, la chauffeuse, la pastoresse, l’ingénieure. «Certains sont entrés dans les mœurs, d’autres pas», commente Thérèse Moreau. «Lors des cours, beaucoup disent qu’ils trouvent des termes féminisés «moches». Mais il faut se demander si c’est juste, pas si c’est beau.» A l’inverse, il faut aussi masculiniser ce qui ne serait qu’au féminin, même si c’est plus rare. Exemple: le sage-homme.


Règle No 2: utiliser le trait d’union

On ne marque pas les deux genres par une parenthèse: oubliez les employé(e)s. Pour les pros de la langue épicène, la parenthèse déprécie et les femmes ont été trop longtemps mises entre parenthèses. Il faut donc utiliser le trait d’union: les employé-e-s.


Règle No 3: respecter l’ordre alphabétique

«Les maçonnes et les maçons»? Ou les «maçons et les maçonnes»? Dans quel ordre faut-il écrire? Pas question de choisir la galanterie ni une primauté masculine: le français désexualisé propose donc de respecter l’ordre alphabétique. Ainsi, les maçonnes priment. Et on écrit: «les décorateurs et décoratrices», «les maires et les mairesses», «les plombières et les plombiers».


Règle No 4: accorder au plus proche

«Le chef ou la cheffe seront satisfaits.» Cette phrase et son «satisfaits» sont rejetés par l’écriture non sexiste, qui s’occupe aussi de conjugaison. Car de quel droit le masculin l’emporterait-il sur le féminin? Ainsi, l’écriture épicène recommande d’accorder au plus proche. Concrètement, il s’agit donc d’écrire: «Les serrurières et serruriers étaient contents.» Mais: «Les collaborateurs et collaboratrices étaient nombreuses.»


Règle No 5: user d’expressions génériques

«Les enseignant-e-s, les lecteurs et les lectrices, les client-e-s, les étudiant-e-s, les décorateurs et décoratrices»… En étant respectueux de l’égalité des sexes, les formulations deviennent longues voire indigestes. Les tenant-e-s du langage épicène conseillent donc d’utiliser des expressions génériques. Voilà le résultat: «le corps enseignant, le lectorat, la clientèle, le corps estudiantin, le personnel de l’entreprise de décoration». De la même manière, il est suggéré de parler de «droits de la personne humaine» plutôt que de «droits de l’homme», sauf si l’on se réfère au texte historique.


Règle No 6: feinter pour alléger

Ecrire de manière désexualisée surcharge. Mais de nombreuses techniques pour alléger le texte ont été développées. Exemple, pour une offre d’emploi, s’adresser directement aux destinataires: «Vous qui recherchez un travail» plutôt que «toutes celles et tous ceux qui cherchent un travail». Ou encore utiliser l’infinitif: «Condition avoir 18 ans» à la place de: «Le candidat ou la candidate devra avoir 18 ans».

Le contenu de cet extrait de presse ne reflète pas forcément l’avis de la rédaction.


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Opinions

Le Matin Dimanche; 1er juillet 2012-Marc Bonnant


SALERNO! SALERNO! SALERNO! MORNE PLAINE!

Dans sa «Lettre sur les Spectacles» de 1758 adressée à d’Alembert, Rousseau vaticine: «faute de pouvoir se rendre hommes, les femmes nous rendent femmes». Constat et sombre prophétie aujourd’hui réalisée.


Cassandre a toujours raison.

Quelques générations de féministes furieuses ont réussi à châtrer la plupart d’entre nous. L’homme blanc est, désormais, psychiquement hongre ou chapon. Grâces soient ici rendues aux musulmans, dernier bastion de la virilité. Rousseauistes – j’évoque ici le chapitre V de l’«Emile» – ils savent encore assigner Sophie, recte: Aïcha, à la modestie, l’effacement et le dévouement dont certaines de nos jacasses indigènes, nos modernes compagnes, se sont désormais déprises. Elles font offense à la Nature.


Fin du singulier masculin donc.

Et voilà que les Erinyes s’en prennent au masculin pluriel. Au vocabulaire et à la syntaxe. Il-elle – devront être émasculé-e-s.

S’en prendre aux mots, c’est s’en prendre aux Lettres. C’est attenter à la langue. Elle n’est pas qu’un moyen d’expression, mais une représentation du monde. Elle a, avec la culture, un lien organique.

La langue est une espèce vivante… Elle naît, évolue. Ni les maladies de jeunesse, ni l’usure, ni l’oubli – la désuétude – ne l’épargnent. La langue est fragile et exposée. Il faut en avoir un soin écologique. Les linguistes savent ce qui la menace: les crimes de l’amour, les crimes de la liberté…


Les premiers conduisent au purisme, à une langue sacralisée, figée dans sa perfection. Avoir le XVIIe   siècle français pour seule et ultime référence est un crime de l’amour. Les seconds accueillent complaisants, voire serviles, tous les apports étrangers, créent des néologismes inutiles, consentent à l’effacement de la frontière entre l’écrit et l’oral. Ce sont les crimes de la liberté.

Quelques bien-pensants ajoutent à ces crimes coutumiers: au langage ils entendent mêler la morale. Pire, l’égalité.


Telle Mademoiselle Sandrine Salerno. Le vaste champ de nos défaites (d’où mon titre hugolien). Notre conseiller administratif est un pur produit de la démocratisation des études et de la porosité des classes sociales. Inculte pour avoir répudié tout héritage, elle est exemplaire de notre modernité. Nécessairement féministe si l’on me concède que le féminisme est d’abord la revendication et l’arrogance des déshéritées. Une femme de gauche en un mot…


Voilà qu’elle ose déclarer «qu’une langue n’a pas à être belle, mais doit être juste». Fossoyeuse du goût.

Ainsi surgit tout un vocabulaire euphémistique, non discriminant, respectueux de l’autre et de sa différence. Ni les nains, ni les aveugles, ni les sourds ne sont, désormais, appelés par leur nom. Ni les imbéciles dont on assure qu’ils ont l’intelligence du cœur.


Seule la culture, qui est tradition et usage, fonde la langue. Nos nouvelles Précieuses ridicules la créent par décret. Il s’impose, prescrivent-elles, de désexualiser le vocabulaire… en le féminisant. Roland Barthes, lors de sa leçon inaugurale au Collège de France, disait de la langue qu’elle est fasciste. Elle sera, désormais, féminine de surcroît.


L’Académie, qui règle depuis plus de trois cents ans «le plus bel usage de la Cour et de la Ville», est récusée parce que sexiste. Des cervelles idéologiquement embrumées ont excrété un «dictionnaire épicène». Feuilletant ce lexique, vous aurez retenu quelques perles de la novlangue salernienne. Bref spicilège: une «assesseuse», une «commise administrative», une «mairesse», une «prédécesseuse» et la délicieuse «sapeuse pompière». Le grotesque l’y dispute à l’incongru; la laideur au ridicule.


Aux fagots le Thesaurus de Jean Nicot, les dictionnaires de Furetière ou de Trévoux. Le Littré et le Dictionnaire de l’Académie encore. Et le Bescherelle. Un autodafé.

Sandrine Salerno, Thérèse Moreau (écrivaine obscure à qui l’obscurité seyait) et autres cuistres – voulez-vous cuistresses? – farandolent et s’esbatrent autour du feu. Lugubre et funeste Sabbat.

Marc Bonnant

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Le contenu de ces extraits de presse ne reflète pas a priori l’avis de la rédaction.


par Martyna Chyba, Migros Magazine, 20 mai 2012


(…) Tous les témoignages concordent: le monde merveilleux de l’entreprise est de plus en plus merveilleux. On pensait avoir touché le fond, eh bien non, on creuse.

D’abord, il y a désormais une bureaucratie qui donne envie de demander l’asile politique à l’Union soviétique des années 70. Le nombre de formulaires à remplir est proportionnel au nombre de sous-chefs, au nombre de séances et au nombre d’emmerdements informatiques (dire que les nouvelles technologies devaient nous simplifier la vie hahahaha. Pardon, c’est nerveux), et inversement proportionnel au nombre d’augmentations de salaire que vous avez eues ces vingt-cinq dernières années.

Ensuite il y a le langage. Oui, dans les entreprises on ne parle plus français. Et ce n’est pas vraiment de l’anglais non plus. Il s’agit d’un novlangue entrepreneurial consistant à dire les choses simples de manière compliquée. Par exemple le service immobilier s’appelle désormais Facility Management, «efficace» se dit «efficient», «avoir un effet» se dit «impacter», et j’en passe et des plus grotesques. Accessoirement, il faut aussi placer au minimum trois acronymes par phrase: quand tu auras fait ta GDI (Gestion des Dépannages Informatiques) il faudra revoir la DHG (Dotation Horaire Globale) avec la DRH (Direction des Ressources Humaines).

Et ne cherchez pas quelques (organi)grammes de douceur dans ce monde de brutes. Il n’y a que les requins et les glandeurs qui y survivent. Les requins vous connaissez: ceux qui vous écrasent sur le passage piéton pour avoir votre poste, qui s’approprient vos idées pour les présenter à la direction, qui acceptent les plus basses besognes pourvu que ça grimpe. Les glandeurs vous connaissez aussi: ceux qui surfent à plein temps sur Facebook et payés mieux que vous, ceux qui sont tellement nuls qu’on préfère les payer au prix fort à rien faire, et ceux qui construisent leur piscine à coups de notes de frais bidon.

Et les bons petits soldats qui font chrétiennement tout comme il faut? Mmmh? Allez, on va le dire en nov­langue. Ils font un burn-out, ils finissent HS et l’entreprise les envoie un jour «relever de nouveaux défis».


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